Le compositeur, chanteur et multi-instrumentiste libanais Bachar Mar-Khalifé
s’aventure chez le dandy pop échappé de la variété yé-yé…
Dès les premières notes, une évidence éclate : la splendeur coule de
source sur des mélodies rendues à leur fragilité et à leur dépouillement. Bachar
Mar-Khalifé explore l’hypnotique mélancolie d’un univers sophistiqué et
limpide à la fois. Une fascinante plongée « dans ce luxe qui s’effondre »,
comme dit le texte des Paradis perdus.
Une traversée fascinante sur album comme sur scène. Tout y a
commencé, d’ailleurs. En avril 2025, BMK ose un hommage au festival
Fragile, au Cirque Zingaro, cinq ans après la mort de Christophe. À priori, ce
n’est pas son univers familier. « Je ne l’ai pas adulé toute ma vie, raconte-t-il.
J’ai vraiment connu Christophe personnellement avant de connaître son œuvre
en détail. »

Dans son enfance au Liban puis après son arrivée en France en 1989 à
l’âge de six ans, la chanson que l’on écoute chez lui ne laisse guère de place à
la pop de Christophe. « On écoutait plus Brassens, Brel, Ferré, Barbara. Je ne
connaissais guère plus que Les Mots bleus. Puis nous nous sommes
rencontrés. Christophe aimait la nuit, les jeunes musiciens, chercher
ensemble… »
Bachar et Christophe réalisent en 2018 une session Unik de FIP, qui
consiste à enregistrer un 45 tours en direct, puis donnent un concert à la
Maison de la Radio. Le cadet a l’occasion de découvrir une légende mais aussi
son fonctionnement : « Ses mélodies permettent d’aller très loin – et même lui,
qui semble chercher une nouvelle version à chaque interprétation, comme s’il
voulait revenir à l’aspect organique de la chanson. Un chercheur qui, par
besoin de liberté, veut échapper à l’image que les gens ont de lui. »
Il n’était donc pas question de surproduire ces reprises comme on le ferait
avec le trac d’aborder une œuvre intimidante. « J’ai essayé d’aller très vite
pour délivrer chaque chanson, comme si je l’avais composée. » Travail à
l’instinct, très spontané, l’essentiel de l’album provenant de répétitions du trio
et des concerts qui ont suivi. « J’ai choisi des chansons qui me touchaient. De
très belles mélodies et de très beaux textes. » Que les paroles soient de Jean-
Michel Jarre ou d’Alain Kan, « ça parle beaucoup d’amour en danger. Faire
entendre cette citation des Paradis perdus : « Dandy, un peu maudit, un peu
vieilli / Dans ce luxe qui s’effondre », cela me plait. »
Çà et là, il a émondé les textes, comme pour faire mieux entendre, dans
Les Mots bleus, « Le vent d’hiver souffle en avril / J’aime le silence immobile »
– l’évocation du mois de la mort de Christophe. Et il a choisi une chanson peu
connue des années yé-yé, Les Amoureux qui passent, dans laquelle on entend
le jeune trompettiste Siméon Petrov qui élargit encore le jeu sur les archétypes
de la chanson romantique vintage.
Entre fragilité assumée et vertige du sentiment, entre virtuosité de la
légèreté et profondeurs insondables, Bachar Mar-Khalifé déploie une fraternité
d’âme inattendue avec Christophe. Une parenté des silences comme des
surprises sonores (un son de zurna synthétisée dans Emporte-moi, par
exemple), qui va se prolonger en tournée. Et il prépare aussi un album de
chansons originales, le premier depuis 2020, après beaucoup de compositions
pour le cinéma et de collaborations avec d’autres artistes. Il écrit des chansons
d’amour et de danse, alors que le Liban et le monde connaissent des temps si
sombres. Peut-être encore la leçon de Christophe : aimer et chanter « dans ce
luxe qui s’effondre ».

Sortie de l’album Bachar Mar-Khalifé joue Christophe le 18 septembre 2026 sur Balcoon/Idol/BigWax