Rima Poésie Club

Mais qu’est-ce donc que ce Poésie Club, proposé le samedi 31 octobre à l’Odéon ?
Nous avons interrogé celle qui l’a imaginé, Rima Abdul Malak directrice générale du quotidien libanais L’Orient-Le Jour.

Rima Abdul Malak

Cette édition des Nouvelles Rencontres d’Averroès propose de “chercher des voies d’émancipation malgré les conflits et les bouleversements qui traversent les sociétés”. La poésie en est-elle une ?
La poésie ne peut ni arrêter les guerres ni changer le monde, mais elle peut créer des espaces de respiration et de liberté pour élargir le champ des possibles quand tout semble se refermer. En arabe, le mot « bayt » veut dire à la fois « vers » et « maison ». La poésie est un refuge, un ancrage, mais aussi un espace pour résister face au chaos du monde, résister à la confiscation du langage, résister à la simplification, résister aussi à la haine. Elle nous aider à préserver notre humanité.

Pour vous la poésie est associée à la joie, au rassemblement, au partage. Parlez-nous de la tradition du “zajal” qui a bercé votre enfance libanaise.
J’ai découvert la poésie au Liban à travers le zajal en effet. C’est une tradition orale de poésie improvisée que pratiquait un oncle dans la famille de ma mère. J’attendais avec impatience les repas du dimanche pour l’écouter. Ses poèmes nous arrachaient à la noirceur de la guerre civile et nous emmenaient vers des horizons nouveaux. D’un coup, des mots différents s’engouffraient dans notre quotidien, ouvraient des brèches dans notre imagination, nous réunissaient dans une émotion commune en nous donnant de la force.

Vous animez votre Poésie Club depuis près de 3 ans. Comment se déroule une soirée ?
J’avais initialement lancé le Rima Poésie Club en 2023 au ministère de la Culture à destination des jeunes du Pass Culture, pour leur transmettre le goût de la poésie. Mon idée était de reproduire l’énergie du direct que les Comedy Clubs ont su amener pour le stand up. Quand j’ai quitté le gouvernement, j’ai posé mes valises poétiques au Consulat Voltaire, une ancienne station électrique devenue un lieu culturel hybride à Paris. Tous les trois mois, j’y réunis des poètes et poétesses que j’ai envie de faire découvrir au public. Ils lisent leurs poèmes en étant accompagnés en musique. Ce sont mes coups de cœur qui guident la programmation. Je tiens à présenter des poètes d’horizons différents, qui lisent chacun dans leur langue maternelle, en arabe, en créole, en grec, en persan… puis qui sont traduits en français. La poésie est une terre d’accueil pour toutes les langues. Chaque soirée est un moment d’expérimentation et de partage en toute simplicité.

Présentez-nous vos invités à cette soirée marseillaise.
C’est un Rima Poésie Club inédit, aux couleurs de la Méditerranée, empreint à la fois des secousses douloureuses de cette région et du souffle de liberté qui continuer de l’animer. Maram Al Masri, poétesse syrienne exilée en France, lauréate du grand prix Ganzo de poésie, partagera la scène avec Mohammad al Qudwa, jeune poète de 23 ans, qui vient de Gaza, Sofia Karampali Farhat, poétesse gréco-libanaise, originaire du Sud Liban, Walid ben Selim, poète et chanteur marocain, et Sary Khalifé au violoncelle. Les poèmes seront lus et chantés en arabe et en français.

Pouvez-vous partager un poème ou quelques vers à nos lecteurs ?
Ce poème de Sofia Karampali Farhat
Je suis née sous les bombes
je mourrai sous les mots
qu’il pleuve sur moi des torrents infinis
je me redresserai
mouillerai mes cheveux
et danserai encore

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